Retrouvez ici l’allocution introductive du cardinal Jean-Marc Aveline, archevêque de Marseille et Président de la Conférence des évêques de France, à la rencontre du pape Léon XIV avec les évêques français, qui a eu lieu dimanche 27 septembre 2026 à Lourdes.
Très Saint-Père,
Au nom de mes frères évêques réunis ce matin dans cet hémicycle, sans oublier ceux que des soucis de santé ont empêché de nous rejoindre, et en évoquant aussi la mémoire de Mgr Maurice de Germiny, évêque émérite de Blois décédé il y a 4 jours, je vous souhaite, très chaleureusement, la bienvenue ! Les évêques de France mesurent la grâce qui leur est faite de pouvoir vous accueillir ce matin, en ce lieu où, deux fois par an, ils se réunissent pour leurs Assemblées plénières, dans la paix de la cité mariale, auprès de cette Grotte de Massabielle où la Vierge Marie est venue dix-huit fois rencontrer la petite Bernadette et lui confier un message pour le monde entier.
Un message, tout pétri d’Évangile, qui met à la première place les pauvres et les malades – Bernadette était l’un et l’autre. Un message qui appelle à la pénitence et à la prière, qui engendre conversions et guérisons, qui suscite pèlerinages et processions. Lourdes, c’est tout cela ! Et chaque année, les évêques de France viennent prendre ici un bon bain d’Évangile pour se mettre collégialement à l’écoute de l’Esprit Saint et au service du peuple que Dieu leur a confié. Au fil de nos assemblées, tous les soucis et toutes les joies de l’Église qui est en France sont déposés parmi tous les cierges qui brûlent devant la Grotte, témoins de la foi et de l’espérance du peuple de Dieu.
A Lourdes, ce sont les malades qui fixent le tempo, comme le dit notre frère Mgr Jean-Marc Micas, évêque de ce diocèse. Ici, on sait ce que les mots de fragilité, vulnérabilité et dépendance veulent dire. Et l’on apprend à servir ensemble, dans le respect de chacun, cette « magnifique humanité » qui est un don de Dieu. Je me suis dit que, si le prophète Néhémie avait connu les Pyrénées, il aurait sans doute inséré Lourdes entre Babel et Jérusalem, comme un laboratoire d’humanité, comme un « chantier d’espérance » où s’ébauche, à la lumière de l’Évangile, « la civilisation de l’amour » (cf. Magnifica humanitas, n°185).
Ce matin encore, Très Saint-Père, nous sommes ici avec nos pesanteurs et nos espérances. Vous connaissez déjà une part importante des soucis qui nous habitent : l’urgence de la solidarité envers les plus pauvres ; le défi de la transmission de la foi dans une société sécularisée ; les rapports entre religion et politique dans une laïcité que guette toujours l’idéologisation, surtout au seuil d’une année électorale importante ; le soin des relations œcuméniques et interreligieuses ; les question éthiques, notamment le respect de la vie et de la dignité de toute personne humaine ; l’accueil des personnes migrantes ; les défis éducatifs, notamment ceux auxquels est confronté l’enseignement catholique ; le soutien aux familles ; les vocations presbytérales et la vie religieuse ; sans oublier les difficultés très concrètes de certains de nos diocèses confrontés à une grave diminution de leurs ressources, humaines et financières. J’ajoute notre engagement de solidarité envers les Églises en difficulté, notamment l’Église-mère de Jérusalem, et notre engagement particulier en Europe et en Méditerranée, deux grands espaces auxquels la France est liée par la géographie et par l’histoire. Nous avons aussi bien noté votre exhortation à « veiller à ce que les célébrations liturgiques soient toujours vécues avec dignité et convenance », en recueillant l’héritage des Pères et des Saints de l’Église sur « la signification profonde et la beauté de la liturgie », héritage que le concile Vatican II, « dont la richesse doit beaucoup à la France », a approfondi « de manière éminente ».
Et puis il y a la poursuite du combat contre les violences sexuelles commises dans un cadre ecclésial. Permettez-moi, à ce sujet, de rendre hommage à mes deux prédécesseurs, Mgr Georges Pontier, empêché d’être avec nous pour raison de santé, et Mgr Éric de Moulins-Beaufort. Sous leur impulsion et grâce à leur détermination, nous avons appris à regarder ces faits d’abord du point de vue des personnes qui en ont été les victimes et qui en subissent les conséquences à longueur de vie. Ce déplacement du regard, l’écoute bouleversante de leur détresse et de leur douleur, ont amorcé en notre Église un long et exigeant travail de conversion et de prévention, que nous aurons à poursuivre dans les années qui viennent, avec le concours des personnes victimes et avec tout le peuple de Dieu, sans que cela nous empêche de travailler aussi, à cause de l’Évangile, au lien entre justice et miséricorde, et à l’accompagnement vigilant de ceux qui ont commis de tels actes. Tout à l’heure, en entrant dans l’hémicycle, nous nous sommes recueillis quelques instants avec vous devant l’image de « l’enfant qui pleure », avant que vous ne rencontriez cet après-midi plusieurs personnes victimes.
Mais, Très Saint-Père, nos espérances sont encore plus fortes que les soucis qui nous assaillent ! Car nous sommes aussi les témoins d’une grâce particulière faite aujourd’hui à notre Église : année après année, de très nombreux jeunes adultes demandent à recevoir les sacrements de l’initiation chrétienne. Vous en aviez rencontré un bon nombre à Rome pendant le Jubilé, beaucoup d’entre eux étaient présents avant-hier soir lors de la veillée au Stade de France, et vous avez pu, hier à l’Institut catholique de Paris, encourager les travaux de l’Assemblée ecclésiale provinciale d’Île-de-France sur ce sujet. C’est, comme vous l’avez souligné, à la fois une immense joie et une très grande responsabilité, car, d’une part, leur foi naissante demande à être formée et consolidée dans la riche Tradition de l’Église et, d’autre part, nous devons écouter ce que l’Esprit veut dire à nos communautés à travers leur présence stimulante, leurs questions parfois dérangeantes et leur profond désir de suivre le Christ dans la communion de l’Église.
Votre voyage apostolique en France, Très Saint Père, contribue déjà largement à ce travail de consolidation de la foi et de communion ecclésiale. Merci pour la magnifique étape parisienne et pour tout ce que vous avez déjà confié à notre Église de la part du Seigneur. Merci d’avoir si fortement encouragé les diacres, les religieux, les consacrés, les séminaristes et tout spécialement les prêtres à Notre-Dame de Paris. Ils sont nos premiers collaborateurs, et nous voulons témoigner devant vous de leur zèle et de leur fidélité au service du peuple de Dieu et de l’annonce de l’Évangile. Merci pour cette messe inoubliable hier après-midi sur la place de la Concorde et les Champs Elysées. L’Esprit Saint, indéniablement, a soufflé très fort, tellement fort que même les nuages qui obscurcissaient le ciel pendant la matinée n’ont pas pu résister. Et puis merci pour votre prière à la Grotte hier soir, pèlerin parmi les pèlerins. Maintenant, nous, évêques de France, nous nous réjouissons de vous écouter, afin que vous nous aidiez à discerner les chemins de la mission pour l’Église dans notre pays.
D’avance, Très Saint Père, nous vous disons merci !
+ Cardinal Jean-Marc Aveline
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