25-28 septembre 2026 Paris · Lourdes · Metz

« Pour que le monde ait la vie » : le sens d’une devise

Mgr Bruno Valentin décrypte la devise du voyage du pape Léon XIV en France : « Pour que le monde ait la vie ».

Jeune homme portant un tee-shirt sur lequel est écrit : "Pour que le monde ait la vie" ; foule en arrière-plan.

(c) atelier argo

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La Conférence des évêques de France a dévoilé la devise retenue pour le voyage du pape Léon XIV en France : « Pour que le monde ait la vie ».
Une phrase riche de sens, que décrypte Mgr Bruno Valentin, évêque de Narbonne et Carcassonne et président du Conseil pour la communication de la Conférence des évêques de France.

Pourquoi avoir choisi une devise pour le voyage du pape Léon XIV en France ?

Choisir un thème et un logo officiels pour chaque voyage du pape est une habitude prise depuis saint Jean-Paul II. Au-delà de l’enjeu de communication visuelle, le but est de condenser en quelques mots l’intention pastorale du voyage, en fonction du contexte local. C’est donc un résumé facilement mémorisable de l’événement et une expression précise de son message central. Pour les précédents voyages du pape Léon XIV, au Liban, en Algérie ou en Afrique, d’autres thèmes avaient été choisis comme « Heureux les artisans de paix », « Qu’ils soient un » ou encore « La paix soit avec vous »

D’où vient le thème de ce voyage du pape Léon XIV chez nous ?  

C’est une phrase inspirée d’un passage de l’Évangile selon saint Jean, dans le chapitre 6, appelé « le discours du Pain de Vie ». Ce chapitre est le grand enseignement de Jésus consacré à l’Eucharistie. Le verset complet dont ces quelques mots sont tirés est : « Moi, je suis le Pain Vivant, qui est descendu du ciel : si quelqu’un mange de ce pain, il vivra éternellement. Le pain que je donnerai, c’est ma chair, donnée pour que le monde ait la vie. » 

portrait de Mgr Bruno Valentin

Comment comprendre les mots qui ont été choisis pour cette devise ?

Le Nouveau Testament emploie quatre mots différents qui peuvent désigner « le monde ». Ici, c’est « cosmos » qui est choisi, comme le plus souvent dans l’évangile de Jean. La caractéristique de ce mot est de désigner l’ensemble de la création dans son caractère ambivalent : un espace profondément aimé de Dieu, même quand cet espace est hostile à l’idée de Dieu. Il existe aussi trois mots différents pour dire « la vie ». Celui qui est employé ici, « zoé », désigne la vie au sens le plus profond de terme : ni seulement la vie biologique, ni même la vie intellectuelle et spirituelle, mais la vie en plénitude, telle que Dieu en vit lui-même et veut la faire partager aux hommes. Le mot à mot de ce thème dit donc déjà précisément l’enjeu central du voyage du pape en France : annoncer à tous, croyants ou non, la bonne nouvelle de la vie, redire que l’amour de Dieu s’adresse à chacun, quelle que soit notre vie, et rappeler l’infinie dignité de toute vie humaine. Par ce message, on entend déjà que le pape ne vient pas pour parler qu’aux catholiques français, mais au monde entier.

De quels messages ce thème est-il porteur ? 

Je vois trois points. D’abord, un message d’espérance : Dieu a un projet pour nous, qui est un projet de vie. Nous pouvons nous ancrer dans cette certitude pour affronter les défis présents : certes, les menaces de morts sont omniprésentes autour de nous (menaces sanitaires, géopolitiques, climatiques, économiques, etc.) mais la volonté de Dieu est la plus forte. La mort n’aura pas le dernier mot. Il n’existe pas d’horizons définitivement et totalement bouchés. Dans nos vies personnelles comme dans notre vie collective, Dieu ménage toujours un passage vers un « plus de vie » possible. À nous de le choisir ! 

Ensuite, un appel à choisir la vie : ce thème s’inscrit en effet dans l’insistance prophétique de tous les papes depuis saint Jean-Paul II sur l’alternative entre culture de vie et culture de mort, qui est au cœur de nos choix de société. Le dernier exemple en date est bien sûr en France le débat parlementaire sur la fin de vie : en quoi consiste la fraternité face aux situations de fin de vie douloureuse : accompagner la vie jusqu’à son terme, ou donner la mort ? Il faut souligner que ce choix entre culture de vie et culture de mort ne concerne pas que la question de la fin de vie, et surtout qu’il n’est jamais clos : sur tous les sujets, et dans tous les contextes, le défi est toujours de servir la vie. 

Enfin, un appel à l’engagement car ce service de la vie est à la fois un défi et un engagement. Il n’y a pas d’autre moyen de « servir la vie » que celui choisi par Jésus : « donner sa chair ». On peut rappeler ici la forte interpellation du pape François dans son exhortation apostolique Evangelii Gaudium  :

« Parfois, nous sommes tentés d’être des chrétiens qui se maintiennent à une prudente distance des plaies du Seigneur. Pourtant, Jésus veut que nous touchions la misère humaine, la chair souffrante des autres. Il attend que nous renoncions à chercher ces abris personnels ou communautaires qui nous permettent de nous garder distants du cœur des drames humains, afin d’accepter vraiment d’entrer en contact avec l’existence concrète des autres et de connaître la force de la tendresse » (§270).

Le pape Léon vient réveiller notre charité et notre engagement missionnaire, à la suite du Christ.


Lire aussi : Aleteia, 26/06/2026 – Voyage du pape en France : une devise qui en dit long